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partition21 juin 20265 minPar Laurent, Scripta Manent ÉditionsHUB

Ultima Verba de Corentin Apparailly :
des adieux pour alto seul

Que joueriez-vous s'il ne vous restait que quelques notes ? Dans Ultima Verba, Corentin Apparailly explore les adieux bouleversant d'un musicien à son instrument à travers la voix singulière de l'alto.

Ultima Verba de Corentin Apparailly : des adieux pour alto seul

Une partition sous forme d’adieu

La symbiose entre un musicien et son instrument est profonde et mystérieuse. Au fil des années, l'instrument devient le témoin discret des moments essentiels : il accompagne les premiers concerts, les hésitations, les heures de travail solitaire, les premiers succès, les émotions de la scène ou du dialogue en musique de chambre. On lui confie souvent ce qu'on ne dirait à personne d'autre. Alors, que dire au moment de lui faire ses adieux ?

C'est de cette question qu'est née Ultima Verba, nouvelle œuvre pour alto seul de Corentin Apparailly, publiée par Scripta Manent.

Un titre entre parole et légende

En latin, Ultima Verba désigne les derniers mots prononcés par une personnalité avant de disparaître, qu'il s'agisse d'un écrivain, d'un artiste ou d'un homme d'État. Goethe aurait ainsi soufflé « Plus de lumière ! » à la fin de sa vie ; Rabelais aurait lancé, avec son humour caractéristique, « Tirez le rideau, la farce est jouée ». Ces formules fascinent parce qu'elles cristallisent une voix singulière avant le grand silence.

C'est cette tension de la parole qui s'achève mais continue de résonner que Corentin Apparailly a choisie d’exprimer, imaginant les adieux d'un musicien à son instrument, comme un Ultima Verba musical.

Goethe

« Plus de lumière ! »

— Goethe
Rabelais

« Tirez le rideau, la farce est jouée. »

— Rabelais
Beethoven

« Applaudissez, mes amis, la comédie est finie »

— Beethoven

La relation des musiciens à leur instrument : confidences

« Mon bébé, mon violon » : c'est ainsi qu'Angèle Dubeau désigne son propre Stradivarius, un instrument fabriqué en 1733 et baptisé Arthur dit Desrosiers. Pour l'altiste Sào Soulez-Larivière, lauréat du Prix Jeune artiste 2023 des International Classical Music Awards, la relation à son alto (fabriqué par le luthier Frédéric Chaudière en 2013) tient davantage de la rencontre que du choix : « Nous nous sommes cherchés et trouvés, pour ainsi dire. »

Cette relation peut bouleverser la vie de leur hôte si quelque chose arrive à l'instrument. En 1999, le violoncelliste Yo-Yo Ma avait oublié son Stradivarius « Davidov » de 1712 (l'instrument même qu'a joué Jacqueline du Pré) dans le coffre d'un taxi new-yorkais. L'anecdote, largement relayée à l'époque, avait suffi à mesurer, le temps de quelques heures d'angoisse avant que l'instrument ne soit retrouvé, combien un musicien peut se sentir démuni sans son compagnon de toujours.

Gautier Capuçon, lui, joue depuis plus de vingt ans sur un violoncelle du luthier vénitien Matteo Goffriller, fabriqué en 1701 et prêté par un collectionneur suisse. « Une prolongation de moi-même, de mes bras, de mes jambes », selon les mots du musicien. Difficile alors d'imaginer la dernière pièce qu'ils joueraient avec leur instrument : une question à laquelle, sans doute, aucun d'entre eux n'aimerait répondre.

Corentin Apparailly
CORENTIN APPARAILLY
NOTE D'INTENTION DU COMPOSITEUR

« Pour ma première pièce publiée, Ultima Verba, j'ai souhaité explorer cette relation unique en imaginant les adieux émus d'un musicien à son instrument, profitant de cette occasion pour faire mes propres adieux symboliques à mon alto et commencer pleinement ce nouveau chapitre de compositeur. »

Signature Corentin Apparailly

Corentin Apparailly et l'alto : un lien de toute une vie

Le lien de Corentin Apparailly avec l'alto remonte à bien avant qu'il puisse en tenir un dans ses mains. Sa mère, professeur d'alto au CRR, et son père, altiste à l'Orchestre du Capitole de Toulouse, ont fait de la musique une présence constante dans son quotidien, jusque dans les premiers jours de sa vie, passés en couveuse, où sa mère plaçait dans son berceau un petit baladeur diffusant le Concerto de Stamitz, la seule chose capable de l'apaiser.

Depuis plus de dix ans, il joue un alto signé Stephan von Baehr, devenu son compagnon fidèle, qui l'a accompagné jusque sur certaines des plus belles scènes du monde, notamment lors de son passage au sein du Quatuor Arod. Il lui arrivait alors de jouer un alto italien du XVIIIe siècle, instrument extraordinaire, qui ne provoquait cependant jamais la même émotion que de retrouver son propre instrument.

C'est sur cet alto que Ultima Verba a été imaginée et écrite, cristallisant en musique ce dialogue unique entre l'interprète et son instrument.

Structure d'Ultima Verba pour alto seul

I. La confidence et la berceuse

La première partie s’ouvre sur des doubles cordes graves et profondes, dans une atmosphère empreinte de tristesse. Peu à peu, le thème s’intensifie, jusqu’à laisser éclater une colère déchirante. Puis la musique s’apaise dans un chant dépouillé, semblable à une berceuse, joué sur la corde de do et ponctué de pizzicati de la main gauche, d’une simplicité désarmante.

II. La douleur et l'urgence

La partie centrale est effrénée et virtuose, reflétant la parole scabreuse et hâtive de quelqu'un qui sait qu'il n'aura pas le temps d'exprimer tout ce qu'il a sur le cœur. Le désespoir et l'impuissance se mêlent dans une effervescence émotionnelle qui exige de l'interprète une technique et une endurance certaine.

III. Promesses et apaisement

La dernière partie fait réapparaître le premier thème, désormais ornementé, fragile, presque suppliant. Puis l’œuvre s’achève sur le retour de la berceuse initiale, douce et apaisée, comme l’expression d’une acceptation sereine.

Violaine Despeyroux - Ultima Verba de Corentin Apparailly

Découvrir et se procurer la partition

Née d'une relation profondément personnelle à l'alto, Ultima Verba trouve une nouvelle existence entre les mains de chaque interprète. Car si la partition fixe les notes, elle laisse à chacun la liberté d'y faire entendre sa propre sensibilité, ses silences et sa manière de dire adieu.

Éditions Scripta Manent

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